Utiliser les algues marines comme engrais

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Les algues rejetées sur les plages par l’océan, en France et partout dans le monde, constituent une source d'engrais naturels intéressante pour les habitants de bord de mer. Les agriculteurs les utilisaient autrefois pour fertiliser leurs terres, comme complément alimentaire pour les animaux ou en combustible, mêlées à de la bouse de vache, pour pallier le manque de bois. Employées de façon anecdotique après la Seconde Guerre mondiale, elles connaissent aujourd'hui un regain d'intérêt, notamment en tant qu'amendements, stimulateurs de croissance ou éliciteurs.

Voici comment les utiliser comme engrais.

Zoom sur l'utilisation des algues marines en agriculture

Pour utiliser l’algue marine en tant que fertilisant, il est nécessaire de savoir laquelle choisir, mais aussi de connaître la période d'épandage et/ou le temps de compostage avant épandage afin de ne pas saler les terres arables. Si l’océan constitue une mine d’or pour un sol plus riche, la qualité de l’algue et la manière dont elle est utilisée auront un impact sur leurs propriétés dans le jardin.

Bon à savoir : Le sel de mer est toxique pour les plantes et entraîne la déstructuration du sol (croûte de battance).

Les différentes espèces

Les algues brunes (Phaeophyceae) – souvent de teinte vert olive à l'état frais – sont visibles à marée basse sur les rochers, notamment en Bretagne. Elles regroupent essentiellement :

  • le goémon noir dit aussi « algue noueuse » (Ascophyllum nodosum) – algues en lanières rondes avec des renflements remplis de gaz (aérocystes) et des ramifications courtes, renflées aux extrémités en période de reproduction ;
  • le fucus vésiculeux (vesiculosus) – algues rubanées plates présentant des vésicules claires remplies de gaz de part et d'autre d'une nervure centrale ;
  • la laminaire (Laminaria digitata) –  algues plates, formant de longs rubans gélatineux allant jusqu'à 4 m de long ;

Bon à savoir : très riches en iode et alginates, les laminaires étaient récoltées autrefois en faible quantité pour ne pas « brûler » le sol avec l'iode.

  • le varech dentelé (Fucus serratus) – algues plates, dentées sur les bords.

Les Phaeophyceae, à l'exception du varech, sont menacées pour diverses raisons, liées probablement à des déséquilibres comme les marées vertes (pullulation d'algues vertes engendrée par les pollutions agricoles), le broutage intensif par les patelles (coquillage appelé aussi « chapeau chinois »), le réchauffement climatique…

Important : l'arrachage des Phaeophyceae est interdit. Seule la coupe à 30 cm du point d'ancrage ou le ramassage de la laisse de mer sont autorisés.

Les algues vertes marines, telle l'ulve considérée comme une pollution sur les plages bretonnes, sont riches en iode, potassium, calcium, magnésium et soufre. Elles peuvent aussi servir d'engrais.

Les apports agronomiques des algues

Les algues permettent d'enrichir le sol en matière organique facilement décomposable (70 % de leur poids). Elles constituent à la fois un amendement qui améliore la structure du sol et un fertilisant. Outre des oligoéléments (fer, iode, zinc, manganèse, nickel, cuivre…), elles contiennent des sels minéraux :

  • azote – 2 % ;
  • potasse – 2 à 3 % ;
  • phosphore – 0,3 % ;
  • calcium – 2 % ;
  • magnésium – 1 % ;
  • soufre – 1 à 8 % ;
  • sodium – 5 %.

Les algues améliorent aussi la capacité du sol à retenir l'eau grâce à la présence des alginates (contenus en grande quantité chez laminaires), ce qui favorise la vie microbienne du sol. Elles synthétisent des phytohormones qui jouent le rôle d'activateurs de croissance en augmentant également le volume racinaire. Enfin, elles stimulent en tant qu'éliciteurs les mécanismes de défense des plantes face aux agresseurs et au stress (froid, grêle, sécheresse…).

Des produits à base d'algues marines au jardin

Plusieurs produits à base d'algues marines font partie de la panoplie du jardinier :

  • l'algue brune Ascophyllum nodosum est proposée sous forme de poudre, à utiliser comme fumure de fond plutôt à l'automne. Elle stimule la vie du sol et fournit aux plantes de nombreux oligoéléments, vitamines et éléments majeurs NPK (2-2-0,2) et mineurs comme le calcium, le soufre et le magnésium. La dose recommandée s’élève à 50 g/m² ;
  • la poudre d'algues vertes s'incorpore au sol tous les 2 ans à l'automne ;
  • des solutions fertilisantes appelées « algues liquides » ou « sérum d'algues » sont issues de jus d'algues fermentées. Elles sont parfois converties en poudre. Riches en potassium, calcium, magnésium, elles contiennent aussi de l'azote, du phosphore, des hormones de croissance, des acides aminés, des antibiotiques naturels et des enzymes. Ces solutions s'emploient en pulvérisation foliaire ou mélangées à l'eau d'arrosage pour stimuler la croissance, reverdir le feuillage et augmenter la résistance aux maladies, au printemps notamment ;

Bon à savoir : ces jus s'emploient aussi comme « mouillant » pour faciliter l'absorption d'autres traitements tels le soufre ou la bouillie bordelaise.

  • des engrais foliaires à base d'algues vivantes unicellulaires sont aussi présents sur le marché (sur Internet, disponibles à la livraison ou en jardinerie) ;
  • Le lithothamne (Phymatolithon calcareum) est une algue calcaire, pêchée au large des côtes bretonnes, qui s'utilise notamment pour remonter le pH des sols acides, tout en apportant un cocktail d'oligoéléments et du magnésium. Il s'épand en hiver, à raison de 40 à 60 g/m² tous les 2 à 3 ans.

Le prix de l’algue marine pour le jardin

Si vous cherchez des engrais avec des ingrédients naturels, différentes possibilités vous sont offertes pour des tarifs variés.

Vous trouverez des engrais en poudre soluble à un prix autour de 17 euros pour 250 g. Pour un engrais liquide de 50 ml pour les plantes vertes, comptez un coût autour de 7 euros. Pour 18 kg de fumier à base d’ingrédients naturels tels que l’algue marine, comptez cette fois un tarif autour de 10 euros. Le choix se fera en fonction du tarif bien sûr, mais aussi de la qualité des produits, du type de terre et de l’effet attendu selon la culture. Demandez des informations à un vendeur pour vous faire un avis.

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1. Récoltez les algues marines au printemps et utilisez-les comme engrais en automne

Les laminaires sont des Phaeophyceae de grande taille, épaisses, qu'il convient de composter avant de les épandre.

  • Récoltez les algues brunes en avril-mai sur la plage.
  • Formez des andains (tas) de 50 à 100 cm de hauteur maximum dans un point bas du jardin et laissez passer quelques mois afin que les pluies les rincent et les débarrassent du sel marin.

Conseil : vous pouvez mélanger les tas d'algues à du fumier pour équilibrer le compost final.

  • Avec une fourche, épandez ensuite les algues à l'automne sur les parcelles cultivables, à la fin des récoltes, en ne dépassant pas 20 à 30 tonnes/ha, soit 2-3 kg/m². Incorporez-les superficiellement ou laissez-les en surface en guise de « paillage ».
  • Passez ensuite la grelinette pour réaliser vos plantations ou semis.

Important : pour équilibrer l'apport des Phaeophyceae riches en potassium (K) et en oligoéléments, ajoutez une fertilisation azotée (corne broyée, ortie, fumier…).

2. Récoltez des algues vertes ou rouges pour un épandage rapide

Il est également possible de ramasser des algues vertes ou rouges, et de les utiliser rapidement au jardin. Ainsi :

  • Vous pouvez épandre des algues vertes comme la laitue de mer (Ulva lactuca), appréciées pour leur teneur en magnésium, seulement après quelques rinçages à l'eau de pluie. Utilisez-les en paillage de moins de 5 cm d'épaisseur au pied des arbustes à fleurs et des fruitiers.

Important : lorsque de fortes quantités de laitues de mer (Ulva armoricana) pourrissent sur les plages, les émanations d'hydrogène sulfuré deviennent dangereuses pour la santé.

  • Si en vous promenant sur la plage vous avez récolté dans un seau un mélange d'algues rouges, d'Ascophyllum nodosum et de quelques laminaires, mettez-les dans un grand bac d'eau pendant quelques jours jusqu'à ce qu'une bonne odeur de marée émane de l'eau.
  • Pulvérisez cette solution revigorante sur les feuillages ou versez-la sur les semis, sans les noyer : elle éloigne les pucerons, les acariens et protège les feuilles du mildiou ou du botrytis.

Bon à savoir : le sérum d'algues proposé à la vente procède du même principe sauf qu'il est mis à fermenter avant d'être séché et réduit en poudre pour un emploi plus facile.

  • En hiver, vous pouvez récolter des algues vertes et rouges fines, puis les épandre aussitôt sur les parcelles destinées à la culture des pommes de terre, betteraves ou légumes-fruits (tomates, courgettes…), gourmandes en potasse. Vous les enfouirez légèrement au printemps, lors des semis ou de la plantation.

Les autres propriétés de l’algue marine

L’algue marine constitue une solution naturelle, venue de l’océan, riche en iode et en oligo-éléments. Sa composition en fait un produit idéal au jardin, mais pas seulement. Les bienfaits de l’algue marine dans les produits de beauté pour le corps et le visage sont reconnus depuis de nombreuses années : il suffit de lire les avis des utilisateurs pour s’en convaincre. Les algues sont des ingrédients de plus en plus plébiscités pour un gel corps, une crème pour le visage, un gel douche, un bain de mer, des soins anti-âge, etc. Vous trouverez d’ailleurs facilement un institut de beauté misant sur ce produit devenu incontournable. L’algue marine se retrouve également dans les fibres de laine.

Elle est aussi utilisée pour stimuler le cheval : un complément alimentaire à base de cet ingrédient permet au cheval de retrouver de l’énergie.

En revanche, si les produits marins sont bons pour la peau et pour certains animaux, ils ne sont pas toujours nos alliés. Dans un aquarium, par exemple, les poissons peuvent être perturbés par la présence d’algues trop nombreuses. Il est nécessaire de nettoyer l’aquarium ou de miser sur des poissons mangeurs d’algues.

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